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Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny

Exposition personnelle
gb agency, Paris
14 mai - 16 juillet 2022


Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Exhibition view, Pratchaya Phinthong: The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

The Organ of Destiny, gb agency, Paris, 2022

Dans ses travaux récents, Pratchaya Phinthong explore les économies minérales et karmiques du Laos, un pays qui partage une langue, des croyances et une longue frontière avec sa région natale d’Isaan (nord-est de la Thaïlande). Nation la plus bombardée de la planète, le Laos porte encore les cicatrices physiques et mentales de l’offensive aérienne massive de l’armée américaine, lancée en grande partie depuis des bases de la region d’Isaan, pendant la deuxième guerre d’Indochine. Entre 1964 et 1973, les Américains ont largué environ 250 millions de bombes à fragmentation sur le Laos. Jusqu’à 30 % d’entre elles restent là, dans le sol, dans l’attente d’exploser, malgré les efforts transnationaux pour les éliminer.

L’œuvre vidéo Today will take care of tomorrow emprunte son titre à un poème de Paul Malimba sur les paysages magnifiques mais dangereux du Laos. Autour des ruines d’un vieux temple bouddhiste à moitié détruit par les bombardements, le regard subtilement défamiliarisant d’une caméra infrarouge semble chercher les arbres qui ont absorbé les éclats de cette violence aveugle. Les arbres ont assimilé la matière étrangère et ont prospéré malgré leurs blessures; les métaux incrustés agissent encore des années plus tard comme des amulettes accidentelles, détruisant ainsi les lames des pilleurs de forêts. Comme si elle était protégée par une force invisible, la forêt a absorbé une violence, ce qui la protège contre une autre. Qu’une époque prenne soin d’une autre peut sembler un vœu pieux, mais il ne s’agit pas d’une personnification. L’aphorisme désigne des circulations à la fois plus substantielles et plus qu’humaines.

Pratchaya exerce sa poétique de la conversion et de la substitution dans le cadre d’une collaboration continue avec les habitants du village de Napia, près de la plaine préhistorique des Jarres, sur le plateau central du Xiangkhoang, au Laos. Ici, le surplus minéral du conflit mondial se transforme dans de petites fonderies familiales et renaît en objets domestiques décoratifs ou fonctionnels. Dans une nouvelle série d’œuvres intitulée The Organ of Destiny, le plomb et l’étain des munitions sont refondus. Mises à l’échelle et polies, les oeuvres font référence aux miroirs utilisés dans un traitement révolutionnaire du syndrome du membre fantôme pour adoucir la douleur déprimante ressentie par de nombreuses personnes amputées. L’artiste s’inspire du militant canadien Stephen Sumner; celui-ci distribue des miroirs de village en village à vélo dans le Cambodge voisin, formant les amputés à la thérapie qui a guéri sa propre douleur du membre fantôme.

Dans un jeu parallèle de substitutions, la “terre brûlée” elle-même devient une ressource fluide, un avatar de résilience et de repousse modelé sur la végétation qu’elle nourrit. Pour Bones and Branches, l’artiste a confiné une plante de Hogvine (Merremia umbellata), une herbe grimpante robuste que l’on trouve partout sous les tropiques, dans une boîte en carton perforée. Les pousses ayant trouvé le chemin de la lumière et de l’air frais ont été moulées par sections dans de la terre cuite fine - fragile, mais invincible, avant d’être recomposées avec la boîte. À proximité, les tendons zoomorphes d’une souche d’arbre trouvée témoignent de ces cycles d’assimilation et de ressemblance, et de la volonté irrépressible du monde animé.

Ces migrations tropicales de la substance et de l’esprit peuvent sembler lointaines, voir exotiques. Mais alors que l’Europe bascule dans une brutalité aveugle, d’une guerre d’une lourdeur que l’on croyait révolue, Pratchaya Phinthong nous rappelle les circuits plus larges de la métamorphose et du renouvellement qui nous enveloppent tous.

David Teh


David Teh, professeur adjoint au Département de langue et littérature anglaises de l’Université nationale de Singapour, est conservateur et critique indépendant. Il est l’auteur de Thai Art, Currencies of the Contemporary, publié en 2017 par The MIT Press.