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Dominique Petitgand: l'écoute flottante

Exposition personnelle
gb agency, Paris
26 mars - 7 mai 2022


Vernissage
Samedi 26 mars
16 h - 19 h

Exposition personnelle
26 mars - 7 mai 2022

Exhibition detail, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition detail, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

Exhibition view, Dominique Petitgand, l’écoute flottante, gb agency, Paris.
Photo A. Mole

propos recueillis par Églantine Mercader à l’occasion de l’exposition L’écoute flottante

Pour le titre de cette exposition, j’ai choisi de mettre l’accent davantage sur la situation, la perception des œuvres, l’écoute qui circule et émerge d’une à l’autre, que sur les sons eux-mêmes. L’écoute flottante est le titre de l’exposition mais aussi celui de l’œuvre principale.

Il y a un élément d’instabilité, de mobilité, quelque chose de volatile et d’insaisissable que je souhaitais retrouver dans le titre. La suspension dans le vide - une notion qui est, par ailleurs, commune à la plupart de mes pièces : le vide entre les voix, entre les syllabes et les phrases, le temps suspendu, l’attente entre deux sons. Mais aussi le vide entre les murs, le blanc, l’espace, la circulation d’un point à l’autre et les distances. L’écoute circule d’une œuvre à l’autre, ne se fixe pas sur les objets, mais circule entre, change de support et se délocalise.

Cette exposition me permet de faire cohabiter plusieurs supports et dispositifs, différents modes de présence, d’apparition et de disparition des sons, en jouant particulièrement du passage de l’oral à l’écrit et de la rivalité entre l’écoute et la lecture.

Dominique Petitgand

L’écoute flottante, 2022
Installation sonore pour 16 haut-parleurs et 2 écrans
Cette œuvre active un pluriel de voix entremêlées d’une conversation murale. Les paroles sont fragmentées, suspendues dans le vide et découpées, par ordre décroissant : les phrases, les mots, les syllabes, enfin, les exhalaisons, rires, toux, chantonnements et respirations. Les voix sont étoilées, comme les haut-parleurs, sur le mur, et circulent en mouvement selon des trajectoires, des courbes, qui passent d’un haut-parleur à l’autre.

Les phrases sont très courtes et semblent extraites de récits, de continuités et de contextes multiples, et dont parfois on peut avoir l’impression qu’il y manque l’essentiel. Il se trouve qu’effectivement, ces phrases sont non seulement issues des enregistrements avec lesquels je travaille depuis le début, mais sont aussi extraites d’autres pièces réalisées il y a longtemps ou plus récemment. Cette nouvelle installation ré-assemble des fragments de plus d’une vingtaine d’œuvres.
La découpe des phrases fonctionne comme un cadrage resserré et leur donne un statut non pas d’aphorisme mais plus modestement d’affirmation douce, de singularité, d’énigme. Ces découpes peuvent parfois mener à l’abstraction. C’est le risque que j’assume, sachant que cette abstraction est immédiatement contrecarrée par la présence très forte du réel, des éléments concrets de la voix et des multiples couleurs de l’énonciation : la nature des voix, le grain, le souffle, la respiration, le débit, les hésitations, l’accent… toute cette présence humaine.

Ces interventions vocales sont suspendues dans le vide et entrecoupées de silences irréguliers. Chaque silence, en tant qu’arrêt brusque et subit du son, est empreint d’une tension qui se creuse entre la suspension de la présence humaine et son potentiel retour. Retour attendu, espéré et retardé. Chaque silence comme un pont qui relie deux moments, un espace qui peut accueillir toutes nos attentes.

Deux écrans à proximité, l’un pour le français, l’autre pour l’anglais, reprennent la découpe des paroles entendues. Uniquement ce qui est intelligible.

Il y avait au départ le simple souci de mettre à disposition une traduction, mais la fonction s’est emballée, a débordé. Je me suis rendu compte que la transcription visuelle des phrases étaient utile pour tout le monde, y compris pour les francophones. J’ai donc également traduit du français au français et travaillé sur ce décalage entre l’écoute et la lecture. La reprise sur écran de ce qu’on entend devient un point d’accroche pour l’écoute, un appui, au risque de la redondance ou de la dissonance (puisqu’entendre n’est pas lire).

Soupirs, 2022
Installation sonore pour disque vinyle et 1 haut-parleur Sound installation with vinyle and 1 speaker Soupirs est un accompagnement suggéré, une présence musicale, intermittente, dans un coin ou au milieu de l’espace, comme une fontaine ou une horloge qui sonnerait de temps en temps. Sa temporalité n’est pas donnée, c’est un son que l’on déclenche à volonté - qui a toutefois une durée limitée (la durée d’une face de disque). C’est une ambiance musicale à laquelle on accorde une attention flottante, qu’on peut oublier ou non, avec de longs silences entre les notes.

Les durées des silences sont inégales, ce qui produit un ordonnancement irrégulier, bancal et arbitraire du temps. De la même façon que pour l’installation avec les voix, chaque silence plus ou moins long entre les notes est empreint de cette tension entre la suspension de la présence musicale et son potentiel retour.

Elle fait partie des pièces, assez rares, où je délègue le déclenchement et la périodicité de l’écoute. Habituellement, ces données temporelles font partie de la structure de l’œuvre, là, cela reste ouvert et partageable.

Les voix blanches (map), 2022
Impression papier - version française Light voices (map), 2022
Print - English version
J’ai toujours transcrit mes pièces. Une fois fini le montage d’une œuvre, il y a un texte potentiel qu’une transcription rend visible et formalise. Quelque chose qui vient après et peut prendre toutes les formes. Cette carte est une de ces formes. Non plus linéaire et verticale, comme la plupart des transcriptions que je publie dans les livres et catalogues, mais cette fois-ci spatiale, panoramique, géographique, comme une cartographie prenant place dans toute l’étendue d’une immense page blanche. Immense, dans le sens du grand format d’impression que j’ai choisi, pour obtenir cette échelle, que l’image ainsi produite et collée au mur soit plus grande que soi. Qu’on puisse s’y perdre, qu’il faille reculer pour en avoir une vision d’ensemble, et en même temps, qu’il faille s’approcher pour pourvoir en lire et saisir les détails.

“Il s’est toujours agi pour moi de créer les conditions d’une pluralité d’écoutes et d’une pluralité d’attentions - j’ai soudain l’impression que ces deux activités mentales sont équivalentes. Une pluralité, parce qu’il n’y a pas une forme d’écoute qui prime sur les autres. Toutes sont bienvenues, y compris celles qui sont parfois dévalorisées ou considérées mineures, non sérieuses, comme l’attention flottante, la distraction, la liberté de l’esprit… tous les degrés m’intéressent. Comme pour le champ visuel, où l’on peut changer de focale ou d’angle pour regarder un paysage, passer d’un centre à la périphérie, d’une vue d’ensemble à un point de détail, j’essaye de créer des formes et des dispositifs sonores sans injonctions et dont le sens s’enrichit de cette pluralité d’approches et d’écoutes.

Pour cela, je pense que je suis aidé par ce que peut apporter le travail avec le temps : la forme en pointillés des œuvres, la fragmentation des éléments sonores et des voix, les silences qui créent et défont des blocs d’attention, l’autonomie des séquences en même temps que leur présence au sein d’un tout, l’écoute des détails ou du déroulé de l’ensemble. Mais aussi par ce qui se joue avec l’espace : le positionnement des œuvres dans le lieu, sur les murs ou au sol, les déplacements du public, l’écoute mobile ou fixe, de près ou de loin, toutes les distances, les perspectives, les résonances.

avec les voix de Dominique Ané, Camille Auvy, Colin Auvy, Bénédicte Petitgand, Marie-Henriette Petitgand, Liza Maria Riveros, Paoulo Riveros
traduction en anglais par Miles Hankin, Marisol Rodriguez, Chet Wiener
remerciements Charlotte Imbault et Jean-Philippe Derail