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Omer Fast: Surplus

Solo show
gb agency, Paris
27 nov 2021 - 15 jan 2022


Surplus réunit les derniers travaux d’Omer Fast réalisés pour son exposition à la Pinacothèque der Moderne de Münich, ouverte le 7 Octobre 2020 et fermée quelques jours plus tard à cause de la crise sanitaire. D’une manière ou d’une autre, les oeuvres sont liées à un dessin de 1917 de Max Beckmann, dans lequel l’artiste, alors infirmier volontaire pendant la Première Guerre mondiale, se représente dépressif. Les sculptures, dessins, objets trouvés et vidéos d’Omer Fast, commissionnés par le musée, sont présentés dans une installation conçue comme une exposition non finie, ressemblant à un lieu d’habitation déserté. La pandémie a rendu l’exposition munichoise invisible pendant plus de trois mois, une production hors de désespéré et d’espoir, l’exposition parisienne tente de sauver et repenser ce surplus.

Exhibition view, Omer Fast: Surplus, 2021-2022, gb agency, Paris.
Photo: A. Mole

Exhibition view, Omer Fast: Surplus, 2021-2022, gb agency, Paris.
Photo: A. Mole

Exhibition view, Omer Fast: Surplus, 2021-2022, gb agency, Paris.
Photo: A. Mole

L’exposition d’oeuvres vidéos est ponctuée de sculptures et de dessins: portraits de Beckmann épinglés à l’infini sur les murs, copies de copies de copies, épuisent le visage traumatisé de l’artiste, un oeil ouvert et l’autre fermé, révélant le vide béant que la guerre a laissé ; sculptures produites quotidiennement pendant le confinement, apparaissant comme des doubles, formes mutantes ou parasites. Ces transformations parasitent et infestent l’espace, construisant une narration parallèle qui relie les oeuvres entre elles.

Surplus se construit à partir de stéréotypes et archétypes dans lesquels masques, fantômes et personnages racontent des histoires du passé éclairant le présent, ou peut- être des histoires du présent révélant le passé faites d’ allers-retours et boucles temporels entre documentaire et fiction. Les récits se construisent à partir de différentes sources et interrogent les schémas et symboles qui les constituent.

Le visage de Karla, 2020 (vidéo hologramme) flotte dans une chambre. La vraie Karla travaille au filtrage des images et textes offensant pour un géant du net. Comment regarder de telles images aujourd’hui et comment les retirer de la circulation? Son témoignage anonyme livré à Omer Fast est rejoué par une actrice dont le visage a été scanné pour convertir chacune de ses expressions et émotions en désespéré et d’espoir, l’exposition parisienne tente de -données numériques. Le morphing progressif semble accompagner la fragile construction du récit. Karla, à la fois témoin et présence fantomatique, raconte son rôle et son éternelle mission à supprimer des images toujours plus nombreuses et insupportables jusqu’à la nausée.

Si les questionnements concernant Karla sont contemporains, Omer Fast fait un pas de coté avec Beckmann’s Rope, 2020 (vidéo et dessins), en revenant au XX siècle lorsque Beckmann décide une autre rupture, celle de fuir l’Allemagne nazie pour les États-Unis. Il ne retournera jamais dans son pays. Le titre de la pièce fait référence à l’oeuvre Le départ, triptyque énigmatique peint par Beckmann entre 1932 et 1935. La vidéo montre une femme entourant un homme avec une corde pour le suspendre la tête en bas. Le départ, visionnaire des horreurs à venir, devait être le point de départ d’une nouvelle œuvre vidéo pour l’exposition à Munich. La pandémie a rendu le tournage impossible et les répétitions du film deviennent une nouvelle oeuvre décrivant une lente étreinte de deux êtres, au rythme d’une musique obsédante et d’un dispositif intime.

Retour au XXI siècle où tout est accessible et partagé, où l’espace public est sous surveillance constante et l’espace privé plus jamais privé; à cet espace où le témoin est aussi bien à distance qu’à proximité de la scène de crime. A Place Which is Ripe, 2020 (vidéo) est une autre manière d’interroger les images. Pas celles que voit Beckman en 1917 mais celles qu’analysent deux policiers de Scotland Yard au travers de caméras de surveillance et tentent, grâce à leur talent pour la reconnaissance faciale, de retrouver les coupables d’un meurtre. Leur récit est nourri visuellement par des images compilées simultanément et automatiquement par Google. Pour A Place Which is Ripe Omer Fast expérimente la forme de 3 téléphones mobiles synchronisés. Faisant écho à Karla, le savoir du robot coexiste avec celui de l’être humain. Une asymétrie et une complémentarité croissantes s’installent entre l’homme et la machine.

Comme s’il voulait prendre de la distance vis-à-vis de ce présent instable et fragile, Omer Fast revient sur un conte juif médiéval qu’il décline dans des passés différents.

The Invisible Hand, 2018 (vidéo VR) est une fable urbaine contemporaine qui se déroule en République Populaire de Chine. Une enfant raconte l’histoire d’une main invisible (celle d’un fantôme) qui apporte à une famille la prospérité matérielle mais cause une rupture éthique et sociale. L’enfant est à la fois le témoin et l’héritière de changements importants vécus par sa famille.

Le pendant du même conte se déroule sur un télé siège en Autriche. De oylem iz a goylem, 2019 (Vidéo) réinvente la rencontre entre une skieuse et un religieux juif orthodoxe. Afin d’exorciser le fantôme et de se libérer de son emprise la skieuse inverse les frontières entre le monde réel et celui des contes pour reconsidérer l’histoire du point de vue du fantôme.

Le thème de la répétition et l’impossibilité de résolution sont constants dans le travail de l’artiste. Le passé fait irruption dans le présent et les deux temps exercent une pression réciproque constante pour redonner une forme à l’un et à l’autre.
Ces deux films soulignent les clichés qui veulent stériliser la culture en la polissant et en la rendant pure par le biais de divers politiques identitaires au moment même où la globalisation semble célébrer toute forme de culture ou d’identité particulière.

Qu’ils suppriment ou rendent visibles sur les plateformes numériques, qu’ils transgressent les frontières du vivant et des morts, ces personnages, êtres liminaux, provoquent les systèmes de pouvoir et de conventions.
En expérimentant des formats d’expositions et de formes, Omer Fast fictionalise ce qu’il voit de notre monde, ses transformations et aspirations.

Comme le reflet de cette indétermination entre mythes et vérités, le white cube fait place à une mise en scène qui contamine l’espace d’exposition en introduisant des détails et symboles qui viennent d’ailleurs, d’une autre époque ou d’économies diverses. Espaces à la fois faux et familiers, décors d’effacement et re-cadrages sur les conditions de voir ; Omer Fast brouille les pistes.